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Abidjan : des ponts piétons qui se transforment en marchés la nuit tombée
Aujourd'hui, 10:48

Même les escaliers du pont piéton du carrefour Casier à Gonzagueville ne sont pas épargnés

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À Abidjan, certains ponts piétons changent de visage dès la tombée de la nuit. Conçus pour sécuriser la traversée des grandes artères, ces ouvrages deviennent peu à peu des espaces de commerce informel. À Adjouffou et Gonzagueville, le phénomène s’installe dans le quotidien des habitants, entre débrouillardise et questions de sécurité.

Des marchés nocturnes qui s’organisent

Dès 17 heures, les premiers étals apparaissent sur les passerelles. Lampes torches, ampoules reliées à des batteries ou éclairage public détourné : tout est mis en œuvre pour attirer la clientèle. Nourriture, friperie, cigarettes, gadgets électroniques ou produits de première nécessité sont proposés jusqu’à une heure avancée de la nuit.

À Adjouffou, un vendeur rencontré explique réaliser l’essentiel de ses ventes entre 18 heures et 22 heures. « La journée est difficile, mais la nuit, les clients viennent plus facilement. Ici, on ne paie pas de location », confie-t-il sous anonymat.

Même réalité à Gonzagueville, où plusieurs ponts piétons, surtout celui du carrefour Casier, se transforment en véritables mini-marchés dès 18 heures.

Le pont menant à Adjamé-Liberté, en venant de la gare routière de Bingerville, n’échappe pas à cette dynamique. Ici, l’occupation est visible même en pleine journée. Malgré des opérations ponctuelles de déguerpissement menées par la police municipale, les commerçants reviennent progressivement, rendant le contrôle difficile.

Une présence qui rassure, mais non sans risques

Contrairement à certaines idées reçues, plusieurs témoignages indiquent que la présence des vendeurs contribue à réduire les vols sur ces passerelles, notamment à Gonzagueville et Adjouffou. L’affluence, l’éclairage improvisé et l’activité permanente dissuaderaient certains individus mal intentionnés.

« Avant, on évitait ces ponts la nuit. Aujourd’hui, avec les vendeurs, il y a du monde, donc c’est plus rassurant », confie une usagère.

Cependant, cette occupation pose des problèmes de circulation. Les étals réduisent l’espace disponible, obligeant parfois les piétons à descendre sur la chaussée, avec des risques d’accident.

Entre survie économique et manque d’encadrement

Pour de nombreux jeunes et femmes, ces activités représentent une source de revenus essentielle. Mais pour plusieurs observateurs, cette situation révèle aussi un manque d’encadrement et de présence des forces en charge de la sécurité.

En clair, si les ponts deviennent plus sûrs grâce aux commerçants, cela met en évidence des insuffisances dans la sécurisation des biens et des personnes.

« Ce n’est pas aux vendeurs d’assurer la sécurité. C’est le rôle des autorités », estime un riverain d’Adjouffou.

Quelles solutions durables ?

Du côté de certains acteurs municipaux, on évoque un manque de contrôle régulier. Les opérations de déguerpissement restent ponctuelles et peu durables.

Face à la situation, des spécialistes de l’urbanisme et des acteurs de la société civile proposent la création de marchés de proximité, notamment nocturnes, mieux organisés et sécurisés.

En attendant des solutions concrètes, les ponts piétons d’Adjouffou et de Gonzagueville et le pont d’Adjamé continuent d’assurer un double rôle : passage le jour, marché la nuit. Une réalité qui traduit à la fois l’ingéniosité des populations et les défis persistants de la gestion urbaine à Abidjan.

Modeste Koné

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