Lors du lancement du Salon international des ressources extractives et de l’énergie (SIREXE), lundi 23 mars 2026, la ministre des Minéraux et de l’Énergie, Bogolo Joy Kenewendo, a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux ivoiriens. Une prise de parole qui remet au centre des débats un pays souvent cité en exemple : le Botswana.
Contrairement à la Côte d’Ivoire, le Botswana est un pays enclavé d’Afrique australe, situé entre la Zambie, le Zimbabwe, l’Afrique du Sud et la Namibie. Recouvert en grande partie par le désert du Kalahari, il est pourtant surnommé le « miracle africain ». Une réputation bâtie sur une stabilité politique rare et une gestion rigoureuse de ses ressources.
Indépendant depuis 1966, le pays n’a connu ni guerre civile ni crise politique majeure. Depuis le 1er novembre 2024, il est dirigé par Duma Boko, avocat des droits de l’homme et leader de la coalition UDC. Son arrivée marque une rupture historique après près de 60 ans de domination du Botswana Democratic Party, avec une alternance pacifique saluée sur le continent.
La solidité institutionnelle du Botswana repose sur un système démocratique parlementaire où le pouvoir législatif est partagé entre l’Assemblée nationale et la Chambre des Chefs. Cette dernière, composée de chefs traditionnels et de membres élus, joue un rôle consultatif dans les réformes constitutionnelles et les lois liées aux traditions, à la famille ou encore à la propriété foncière. Un équilibre assumé entre modernité institutionnelle et héritage coutumier.
Sur le plan économique, le Botswana a construit sa croissance autour d’une ressource stratégique : le diamant. Découvert en 1967, il représente aujourd’hui près de 80 % des exportations et environ 25 % du PIB. Contrairement à de nombreux pays riches en ressources, le Botswana a su éviter la « malédiction des ressources ». Cette réussite repose en grande partie sur un partenariat structuré avec la société De Beers, à travers une gestion conjointe des mines (50/50) avec l’État.
Selon Wathi ce modèle a favorisé une relative transparence et une redistribution plus équilibrée des revenus, contribuant à une croissance qualifiée d’« inclusive ». En 2024, selon Transparency International, le Botswana figure parmi les pays africains les moins corrompus, derrière les Seychelles. Par ailleurs, la Mo Ibrahim Foundation classe le pays parmi les meilleurs du continent en matière de gouvernance.
Cependant, ce modèle montre aujourd’hui ses limites. La dépendance au diamant reste forte, alors que les ressources ne sont pas éternelles. Le pays tente donc de diversifier son économie, notamment vers l’or, le charbon, le nickel et le tourisme haut de gamme.
Sur le plan social et politique, la société civile joue un rôle actif. En 1997 déjà, une mobilisation populaire avait conduit à des réformes majeures : création d’une commission électorale indépendante, droit de vote élargi et limitation des mandats présidentiels. Plus récemment, en septembre 2024, le rejet d’un projet de réforme constitutionnelle porté par l’ancien président Mokgweetsi Masisi a démontré la vigilance citoyenne face aux décisions politiques.
L’alternance de 2024 s’est déroulée dans un contexte socio-économique tendu, marqué par un chômage élevé, notamment chez les jeunes. Si la victoire de l’UDC est nette, elle reste nuancée par un paysage politique encore fragmenté : le BDP conserve un poids électoral significatif.
Dans ce contexte, le président Boko défend une vision d’« Afrique qui s’affirme », prônant une posture plus indépendante sur la scène internationale. Une ligne illustrée par ses choix diplomatiques récents, entre ouverture et affirmation de souveraineté.
Dominique Koba
Donnez votre avis