Cinq mois après les manifestations de l’opposition interdites par les autorités ivoiriennes en octobre 2025, plusieurs personnes arrêtées lors de la répression sont toujours détenues, dont des femmes enceintes. C’est ce qu’affirme Amnesty International dans un communiqué publié le 10 mars 2026, dénonçant des arrestations jugées arbitraires et des procès considérés comme inéquitables.
Selon l’organisation de défense des droits humains, des centaines de personnes, manifestants mais aussi simples passants, avaient été interpellées dans les jours précédant l’élection présidentielle d’octobre 2025. Certaines ont été jugées rapidement, parfois sans la présence d’un avocat, tandis que d’autres se trouvent encore en détention provisoire.
« Aujourd’hui, cinq mois après leur arrestation, des personnes sont toujours détenues uniquement parce qu’elles se sont trouvées à proximité des manifestations. Les autorités ivoiriennes doivent ordonner leur libération », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.
Des femmes enceintes toujours en détention
Amnesty International se dit particulièrement préoccupée par la situation de plusieurs femmes enceintes détenues au pôle pénitentiaire d’Abidjan. L’organisation évoque notamment le cas de deux femmes condamnées à trois ans de prison pour « troubles à l’ordre public », « participation à une marche interdite » et « attroupement sur la voie publique ».
La première, commerçante et mère de quatre enfants, a été arrêtée le 11 octobre 2025 alors qu’elle vendait du jus de fruits près du lieu d’une manifestation. Elle a été condamnée cinq jours plus tard. Sa famille affirme ne pas avoir obtenu le droit de lui rendre visite.
La seconde, mère de cinq enfants et enceinte de six mois, aurait été interpellée le même jour alors qu’elle portait un tee-shirt aux couleurs d’un parti d’opposition. Elle a également été condamnée à trois ans de prison.
Selon leur avocat, Sylvain Tapi, ces femmes ont été arrêtées lors de rafles alors qu’elles vaquaient à leurs occupations quotidiennes. « Elles se trouvent dans un environnement qui n’est pas propice au bon déroulement d’une grossesse. Elles sont très affectées moralement et physiquement », a-t-il déclaré.
Une troisième femme enceinte de sept mois se trouve toujours en détention provisoire. D’après ses proches, elle aurait été arrêtée après avoir été témoin de la dispersion de manifestants près de son domicile.
Des préoccupations sur l’équité des procès
L’organisation affirme également avoir documenté plusieurs cas de personnes condamnées à des peines de prison sans avoir bénéficié d’une assistance juridique lors de leur procès. Deux hommes arrêtés alors qu’ils se rendaient à leur travail auraient ainsi été condamnés à trois ans d’emprisonnement quelques jours après leur interpellation.
Amnesty International appelle les autorités ivoiriennes à lever les charges lorsque les infractions ne sont pas établies et à garantir des procès équitables dans les meilleurs délais.
« Les autorités ivoiriennes ont également le devoir de garantir des soins médicaux appropriés aux personnes détenues, y compris les soins prénataux, et de faciliter les visites familiales », a déclaré Marceau Sivieude.
Contexte politique tendu avant la présidentielle
Les arrestations remontent au mois d’octobre 2025, dans un contexte de fortes tensions politiques avant l’élection présidentielle. Le 2 octobre, le Conseil national de sécurité avait interdit les rassemblements publics et déployé environ 44 000 membres des forces de sécurité à travers le pays.
Le préfet d’Abidjan avait également interdit une manifestation prévue le 4 octobre par des partis d’opposition protestant contre l’exclusion de deux candidats à l’élection présidentielle.
Le 11 octobre, des rassemblements de jeunes avaient été dispersés à coups de gaz lacrymogènes. Les autorités avaient alors annoncé l’arrestation de 237 personnes à Abidjan et de 18 autres à Dabou. Quelques jours plus tard, le procureur de la République évoquait environ 700 interpellations.
Le 25 octobre 2025, le président Alassane Ouattara avait été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle dès le premier tour.
Amnesty International exhorte désormais les autorités ivoiriennes à respecter leurs engagements internationaux en matière de droits humains, notamment ceux liés à la liberté d’expression, à la liberté de réunion pacifique et au droit à un procès équitable.
GZ
Donnez votre avis